Nous concluons la discussion sur Ihya´ `ouloum al-din avec les déclarations sur la permissibilité de hadiths faibles par les maîtres de hadiths, établissant comme l’Imam al-Sakhawi déclara dans la conclusion de son livre al-qawl al-badi´, que «La majorité des savants (al-joumhour) supportent qu’un hadith faible peut être utilisé comme une base pour mener une bonne action et achever un bon caractère mais pas pour des règles légales.»
Ibn Hajar écrit dans Hadi al-sari:
Malik et Boukhari ont une différente compréhension de la validité des hadiths. Malik ne considère pas l’interruption dans la chaîne comme une défaillance dans le hadith. Pour cette raison, il cite des hadiths avec des chaînes interrompues du type moursal et mounqati, et des communications sans chaînes (balaghat) comme une partie de l’objet principal de son livre (al-Mouwatta´), alors que Boukhari, considère l’interruption comme une défaillance dans la chaîne de transmission. Ainsi, il ne cite pas ces hadiths sauf comme quelque chose en dehors de l’objet principal de son livre (al-jami` al-sahih), par exemple les commentaires (ta`liq) et les titres de chapîtres.
Al-Hakim (d.405) rapporte dans son Madkhal, un manuel sur la science de hadiths:
J’entendis Abou Zakariyya al-`Anbari dire que Mouhammad ibn Ichaq ibn Ibrahim al-Hanzali lui dit que son père avait l’habitude de rapporter d’`Abd al-Rahman ibn Mahdi qu’il avait l’habitude de dire: «Nous étions conciliants concernant l’isnad au sujet de la récompense et la punition et des actions vertueuses, et étions indulgents envers les gens (c’est-à-dire concernant leur identité et fiabilité); mais lorsque nous transmettions au sujet de ce qui est légal et ce qui est interdit, nous sommes stricts avec l’isnad et examinons minutieusement les gens.»
J’ai entendu Abou Zakariyya Yahya ibn Mouhammad al-`Anbari dire qu’il entendit Abou al-`Abbas ibn Mouhammad al-Sijzi dire qu’il entendit al-Naufali dire qu’il entendit Ahmad ibn Hanbal dire: «Lorsque nous transmettons de l’apôtre d’Allah au sujet de ce qui est permis et ce qui est interdit, au sujet des ordonnances légales, nous sommes stricts; mais lorsque nous transmettons du Prophète au sujet des actions vertueuses et ce qui n’est pas établi ou d’abroger une ordonnance légale, nous sommes conciliants avec les isnads.»
Voici est le texte complet de Sakhawi extrait d’al-qawl al-badi`:
Cheick al-Islam Abou Zakariyya al-Nawawi dit dans l’Adhkar:
Les `oulama parmi les experts en hadiths et les experts en loi et autres ont dit: il est permis et recommandé que la pratique religieuse (al-`amal) concernant les bonnes actions et le bon caractère (al-fada’il), l’encouragement au bien et le découragement du mal (al-targhib wa tarhib) soient basés sur des hadith faibles aussi longtemps que ce n’est pas inventé. En ce qui concerne les règles légales, (ahkam) ce qui est permis et ce qui est interdit, ou les modalités des échanges, le mariage, le divorce et autres: la pratique de l’un n’est basée sur rien d’autre que les hadiths solides (sahih) ou les hadiths fiables (hassan), en guise de précaution, dans certains cas relatifs à l’un des éléments cités ci-dessus, par exemple, si un hadith faible était cité au sujet de la répréhensibilité (karahat) de certains types de ventes ou de mariages. Dans ces cas, ce qui est recommandé (moustahabb) est d’éviter une telle vente et un tel mariage, mais ce n’est pas obligatoire.
N’étant pas d’accord avec ceci, Ibn al-`Arabi al Maliki dit: «Absolument aucune pratique n’est basée sur un hadith faible.»
J’ai entendu mon cheick (Ibn Hajar al-`Asqalani) insister sur les dires suivants, et lui-même me le remit sous forme rédigée:
Les conditions pour des pratiques religieuses basées sur du hadith faible sont de trois:
1- Il y a une unanimité sur ceci: le plus faible ne doit pas être le plus fort. Ceci exclue les hadiths individuellement collectionnés par les menteurs ou ceux accusés de mensonge, et ceux qui font des erreurs scandaleuses.
2- Qu’il y est pour cela une base légale générale. Ceci exclue ce qui est inventé et qui n’a pas de base légale de départ.
3- Que l’un ne pense pas, pendant que l’utilisant comme fondement de base, qu’il a été établi comme vrai. Ceci est dans l’ordre de ne pas attribuer au Prophète des mots qu’il n’a pas dits.
Les deux dernières conditions sont d’Ibn `Abd al-Salam et son compagnon Ibn Daqiq al-`Id; Abou Sa`id al-`Ala’i rapporta l’unanimité sur le premier.
Je dis: ¨Il a été rapporté de l’Imam Ahmad que l’on peut pratiquer sur la base de hadiths faibles s’il n’y plus d’autre hadith à cet effet et s’il n’y a pas de hadith qui le contredit¨. Dans une autre narration, il est rapporté dire: «Je préfère le hadith faible par rapport à l’opinion des gens.» Ibn Hazm a similairement mentionné que les savants Hanafi unanimement sont d’accord avec l’école d’Abou Hanifa qui supporte que le hadith faible est préférable à l’opinion (ra’y) et à l’analogie (qiyas). Ahmad fut questionné au sujet de quelqu’un se trouvant dans un pays avec, en main un possesseur de hadiths (hadith sahib) qui ne sait pas la différence entre du solide et du non-solide, et, dans l’autre, avec un possesseur d’opinion (sahib ra’y): Qui devrait-il consulter? Il répondit; « Qu’il consulte le détenteur de hadiths et non le détenteur d’opinions.»
Abou `Abd Allah Ibn Mandah rapporta d’Abou Dawoud, l’auteur du Sounan et élève de l’Imam Ahmad, avait l’habitude de citer la chaîne de transmission d’un hadith faible s’il ne pouvait pas trouver mieux que cela sous ce titre particulier (bab), et qu’il le considérait comme une évidence par rapport à l’opinion.
Ce qui émerge de cela est qu’il y a trois vues divergentes:
– Aucune pratique n’est basée sur du hadith faible ;
– Une pratique y est basée si aucune autre évidence n’est trouvée sous le même titre;
– La majorité des savants (al-joumhour) soutiennent que le hadith faible peut être utilisé comme base pour pratiquer des bonnes actions et achever un bon caractère, mais non pour des règles légales. Et Allah est Celui qui garanti le succès.
Certains questionnent à tort le fait que l’Imam Ahmad permis l’utilisation de hadiths faibles à la lumière de l’affirmation d’Ibn Taymiyya dans son Qa`ida fi al-tawassoul: « Celui qui rapporte d’Ahmad qu’il avait l’habitude de se baser sur du hadith faible, qui n’est pas sahih ou hassan, a fait une erreur.» Cependant, ceci ne contredit pas l’opinion de l’Imam Ahmad citée ci-dessus par Sakhawi comme l’Imam Ahmad n’appliqua pas de hadiths faibles au ahkam ou les règles légales. Ainsi ce que Ibn Taymiyya veut dire est: «Celui qui rapporte de l’Imam Ahmad qu’il avait l’habitude de se baser sur du hadith faible en dérivant des règles légales dans la Chari`a.» a l’exception des règles, il n’y a pas de doute que l’Imam accepta le hadith faible, comme rapporté par al-Hakim dans al-Madkahl déjà cité, et confirmé par Ibn `Arabi al-Maliki dans `Aridat al-ahwadhi. Ceci est confirmé par Ibn Taymiyya, lui-même, quelque part dans son œuvre:
Ahmad ibn Hanbal et les autres savants permirent la narration de hadiths regardant les vertus aussi longtemps que ce n’est pas du mensonge… comme il possible que la récompense puisse être vraie, quoiqu’aucun des Imams n’ont dit qu’il est permis de considérer quelque chose d’obligatoire (wajib) ou recommandé (moustahabb) par la voie de hadiths faibles, et quiconque dit cela diffère du consensus.
Cependant, Ibn Taymiyya prétend “qu’aucun des Imams n’a déclaré une action recommandée par la voie d’un hadith faible, et quiconque dit ceci diffère du consensus” est évidemment incorrect, comme cela est prouvé par l’allusion indiscutable de Sakhawi aux dires de Nawawi déjà cités:
Les `oulama parmi les experts en hadiths et les experts en Lois et autres ont dit… par exemple, si un hadith faible était cité au sujet la répréhensibilité (karahat) de certains genres de ventes ou de mariages…ce qui est récommandé (moustahabb) est d’éviter ces ventes et mariages, mais ce n’est pas obligatoire.